Les projets libres ou comment mieux apprendre

Je dois dire que j’étais chanceux car durant mes études en école d’ingénieur, j’ai pu faire des projets transversaux où les enseignants nous laissaient une grande liberté à travers le choix du sujet. Cependant, je n’ai pas totalement saisi cette chance à mon plus grand désarroi.

 

Qu’est-ce qu’un projet libre ?

 

Un projet libre ou projet transversal ou mettez-le-nom-que-vous-voulez-ici est un projet où il y a très peu de contraintes sur le sujet à traiter.

Par exemple lors du premier semestre en cycle d’ingénieur, la seule contrainte qu’on avait, était d’utiliser une centrale inertielle (c’est un capteur permettant de mesurer l’accélération via ses trois accéléromètres et de mesurer la vitesse angulaire via ses trois gyromètres) c’est tout. Bon, il y avait d’autres contraintes sur l’organisation des groupes de travail ainsi que sur les livrables mais globalement on était libre.

Les trois autres semestres on n’avait aucune contrainte. On pouvait décider de faire un sujet de son cru ou de choisir un des sujets proposés.

 

Pourquoi faire des projets libres ?

 

C’est vrai que l’utilité de ce genre de projet peut être pointé du doigt dans le sens où on peut mettre des projets dans chaque matière ou groupe de matière enseignée. En effet, j’ai déjà eu des matières où il y avait le cours magistral, puis des TD (Travaux Dirigés) puis des TP (Travaux Pratiques) puis un projet.

Si les écoles font ça dans chaque matière, n’obtiendraient-elles pas un résultat au moins équivalent, si ce n’est mieux, qu’avec les projets libres sur les connaissances que leurs étudiants acquerront ?

Théoriquement oui. En tout cas, je ne vois pas pourquoi il en serait autrement. Cependant, dans la pratique non et ceux pour deux raisons :

  • Le temps,
  • La créativité.

 

Le temps

 

Pour que l’école vous délivre un beau diplôme avec marqué Ingénieur, elle a du au préalable avoir été agrée par la CTI (Commission des Titres de l’Ingénieur). Malheureusement, en France il n’y a pas d’ordre des ingénieurs comme il y a au Canada ou comme il y a l’ordre des médecins en France. Mais la CTI est ce qui s’en approche le plus. Et donc elle donne des contraintes aux écoles et une de ces contraintes c’est le nombre d’heures de cours que l’école doit donner. Le volume d’heure de formation encadrées durant les six semestres doit être comprises entre 1800 et 2000 heures.

 

Faisons un rapide calcul.

 

Déjà ce n’est pas sur 6 semestres que les cours face-à-face sont dispensés mais 5, le dernier semestre étant réservé pour le stage.

On va prendre comme hypothèse que chaque semestre comporte le même nombre d’heure. De ce fait, on a :

Borne min : 1800/5 = 360 heures / semestre

Borne max : 2000/5 = 400 heures / semestre

Maintenant, un semestre est composé de 4 à 5 mois. Et en prenant comme raccourcis 1 mois = 4 semaines, on obtient donc :

  Borne min : 1800 h ou 360 h /semestre Borne min : 2000 h ou 400 h /semestre
1 semestre = 4 mois => 16 semaines 22h30 de cours par semaine 25h de cours par semaine
1 semestre = 5 mois => 20 semaines 18h de cours par semaine 20h de cours par semaine

 

Ça peut paraitre que peu d’heure sauf que pour 1 heure de travail en présentiel, il faut 1 heure de travail chez soi et donc, on multiplie par deux les chiffre si dessus, ce qui donne, finalement :

 

  Borne min : 1800 h ou 360 h /semestre Borne min : 2000 h ou 400 h /semestre
1 semestre = 4 mois => 16 semaines 45h de travail par semaine 50h de travail par semaine
1 semestre = 5 mois => 20 semaines 36h de cours par semaine 40h de cours par semaine

 

Vous voyez la différence ? ?

 

Bon, dans les faits, la (grande) majorité des élèves ne font pas ça …

 

La créativité

 

Quand je parle de créativité dans ce contexte, je mets beaucoup de chose derrière. En effet, j’y mets fort volontiers l’autonomie, la curiosité, l’entreprenariat et être travailleur.

Bon, je reconnais que j’y mets beaucoup de chose ! ^^’

Mais cela se comprend car ce sont les caractéristiques d’un ingénieur. Et les projets libres, quand bien pris par les élèves permet de développer ses compétences en plus que ses connaissances dans le domaine de sa spécialité d’ingénieur et même d’autres !

Mes observations

 

Je tiens à le rappeler pour être clair mais quand j’écris cet article, je ne suis âgé que de 24 ans et bien que je fasse une thèse en entreprise je n’ai pas de regard sur la manière dont les cours et leurs préparations se passent. Les seules observations que je peux vous communiquer sont issus de mes expériences personnelles dans la promotion 2014-2017 (ce qui signifie que le nombre de sujets était réduit et compris dans une seule spécialité d’ingénierie dans une école donnée avec ma vision d’alors.

En revanche, j’ai tendance à penser que mes observations peuvent largement être extrapolé à tous les étudiants en école d’ingénieur quand on pense que ceux-ci jouent tout de même leur diplôme et des points bonus dans leur CV !

 

Bon, après ce petit paragraphe replaçant mes observations dans leurs contextes, revenons à nos moutons.

Durant la première année, on pouvait classer les étudiants dans trois groupes :

  • Ceux qui se contre-fichaient,
  • Ceux qui travaillaient de manière scolaire,
  • Ceux qui étaient à fond dedans.

 

Lors de la deuxième année, la plupart des élèves qui étaient dans la première catégorie ont soit redoublés, soit abandonnés l’école, soit changés leur manière d’être.

La plupart était du groupe 2. Ça signifie qu’ils travaillaient, plus ou moins, de manière rigoureuse durant les heures allouées au projet.

 

Et il y avait quelques élèves dans une proportion non négligeable qui étaient de la catégories 3. Et je dois dire que les étudiants voulant profiter à fond de ce genre de cours doivent être obligatoirement de la catégorie 3 !

 

Et un autre avantage à ce genre de projet où on donne de la liberté à l’élève est qu’il s’implique dans sa formation et que l’école lui donne du mou, de l’espace pour tester ses idées.

 

Analyses et conseils

 

Analyses

 

J’ai écrit dans l’article comparant les formations continues et en alternance que ces dernières sont bien meilleures que les premières d’un facteur 10.

Mais j’ai dit aussi que les formations continues mettant en place des projets libres avaient un potentiel bien supérieur aux formations en alternance. Et je le redis ici !

En effet, on peut largement trouver des projets tantôt très large et couvrant de ce fait un large éventail de la formation que propose l’école, tantôt des projets bien spécifiques dans un domaine restreint de la formation, tantôt des projets à la frontière de la spécialité suivi par l’étudiant et une autre spécialité !

Donc, à mon sens ces projets peuvent et même doivent être fait dans les écoles d’ingénieur !

 

Conseils

 

Les problèmes que j’ai rencontré pour ces projets par contre sont :

  • Le manque d’idée au début de ma formation,
  • Le trop plein d’idée vers la fin (et après !) de formation quand on ne peut plus les réaliser.

 

Et je dois dire que maintenant encore, après plus d’un an et demi où j’ai quitté le banc de mon école d’ingénieur je pense encore à tous ces projets que j’aurai aimé faire et que je n’ai pas pu réaliser car soit je n’y ai pas pensé à l’époque soit j’en étais sur d’autres.

 

Donc je vais vous donner quelques conseils pour avoir des idées puis pour les structurer !

 

Avoir des idées

 

Je tiens à rappeler que même si ce genre de cours sont des lieux d’apprentissage et de formation, il n’empêche que leurs valeurs aux yeux de l’école mais surtout des employeurs pour un stage ou pour un job sont énormes ! Et donc mieux faut être en adéquation, ou tout du moins à minima, avec les problématiques actuelles du secteur qui est le vôtre. Ces problématiques peuvent être relevé à travers d’indice indirecte issues :

  • Des offres de thèses que proposent les laboratoires de recherche où vos enseignants travaillent,
  • Les produits ou services proposés par de jeunes entreprises (start-up par exemple) dans les incubateurs de votre ville ou de votre région,
  • Les sujets de stages proposés dans votre secteur par les entreprises.

 

L’idée est d’avoir déjà une vue d’ensemble de votre spécialité.

 

Ensuite, pour avoir des idées en général il suffit de demander aux utilisateurs des produits ou services de votre spécialité en quoi ils sont frustrés en ce moment. Pas besoin d’appeler de grands groupes ou de faire de grands sondages ! Dans certains cas, c’est vous le client !

C’est sûr que pour certaine spécialité, il risque d’être difficile d’être réellement un client. Je pense notamment aux spécialités comme génie civil ou ces autres spécialités où les clients sont des grands groupes ou même l’état du fait du coup des produits et services !

 

Les autres moyens d’avoir des idées est bien entendu le brainstorming ou la tempête des cerveaux en bon vieux françois ?

 

Structurer ses idées

 

Après avoir une liste d’idée, on peut déjà faire deux tries : un premier tri d’idée trop loufoque et difficilement applicable avec les moyens financiers que l’école (et la spécialité) propose à ce genre de projet, le second trie peut être fait par vos enseignants grâce à leurs conseils.

 

Ensuite ce genre de projet est fait à plusieurs et donc le projet doit contenter tout le monde. Je pense que ce qui est important n’est pas tant le sujet que les compétences à développer pour le faire. De ce fait chaque personne du groupe doit marquer ce qu’il veut développer comme compétence et quelles compétences il cherche à améliorer.

En partant de là et en mettant en exergue les compétences demandées (et dans quelle mesure) de chaque projet, la liste de raccourcira.

Et enfin le dernier point c’est le sujet. Bon, je sais que plus haut j’ai dit que ce sont les compétences à développer qui est le point important pas le sujet. Et c’est vrai. Cependant entre deux sujets où le premier permettra de satisfaire tout le monde sur le travail de compétence mais le sujet est peu intéressant, et un autre sujet où certaines compétences ne seront pas forcément travaillées dans l’état actuel du sujet mais qui intéresse tout le monde (au point que chacun est prêt à travailler dessus en dehors des heures prévues) il faut choisir le second sujet. Au pire, il y aura toujours moyens d’incruster les compétences manquantes pour contenter tout le monde ?

Le dernier point c’est si le projet peut donner lieu à la création d’une entreprise/start-up ou de sujets de thèse !

 

Il y aurait encore tellement à dire sur le sujet mais je vais m’arrêter là pour aujourd’hui.

J’espère sincèrement vous avoir convaincu de l’importance des projets libres et de leurs utilités dans les premières années d’ingénieur !

 

Dans tous les cas, portez-vous bien,

Christophe.

 

 

Sources :

Pour les heures de formation : https://www.cti-commission.fr/fonds-documentaire/document/15/chapitre/280?a=1

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